Auguste Comte and Herbert Spencer: Contribution to the History of Philosophical Ideas in the 19th Century — E. de (Eugène) Roberty
de Roberty. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : Auguste Comte et Herbert Spencer Author : E. de Roberty Release date : October 16, 2005 [eBook #16888] Most recently updated: December 12, 2020 Language : French Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/16888 Credits : Produced by Marc D'Hooghe From images generously made available by Gallica (Bibliotheque Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr. *** START OF DE ROBERTY PARIS 1894 Table des matières INTRODUCTION Dans le remous des idées générales, dans la fluctuation des vues d'ensemble, dans le va-et-vient des systèmes qui, pour un court espace de temps, réussissent à grouper les croyances, à retenir et fixer les convictions, un phénomène s'observe, à peu près invariable à travers les âges. Il se détache nettement du décor mobile qui l'encadre, il sollicite à un haut point l'attention du sociologue. Il caractérise une phase intéressante de la vie mentale de l'humanité, une période ne semblant pas, à vrai dire, devoir se clore bientôt. Elle embrasse la préhistoire entière de la philosophie, la suite continue de siècles qui, après avoir fondé les religions, s'adonnèrent à la culture des abstractions métaphysiques. Durant la longue enfance de la philosophie, ce phénomène demeura normal dans l'acception usuelle du mot. Il se reproduit encore sous nos yeux; mais déjà des traits pathologiques le déforment. Il consiste essentiellement dans la rencontre de deux grandes ondes cérébrales qui se dirigent en sens inverse: le monisme et l' agnosticisme . L'esprit de synthèse s'épuisa à vouloir les refouler dans le même lit. Mais une série intermittente d'affaiblissements et de triomphes, de défaites et d'exaltations de la pensée abstraite marqua cette entreprise immédiatement vaine. La philosophie du xix e siècle suivit les voies de la métaphysique qui l'avait précédée et qui, à son tour, s'était modelée sur les traditions monothéistes des religions supérieures. Elle allia, d'une façon à la fois inconsciente et profondément irrationnelle, la recherche de l'unité au dualisme de la connaissance. Elle fit revivre le plus périlleux et le plus déshonorant des illogismes. Nous eûmes déjà, en des travaux antérieurs [1] , l'occasion de relever quelques traits déterminant cette antinomie fondamentale; celui-ci, par exemple: que les tentatives de synthèse universelle dues aux efforts des plus notables parmi les penseurs contemporains, les Kant, les Comte, les Spencer, établissaient une objection écrasante contre leur agnosticisme, formel ou latent. Nous ne jugeons que par contraste, disions-nous à ce propos, et le noir ne se perçoit vraiment noir que s'il s'étale à côté du blanc. Ainsi du monisme qui, en tant que vérité d'ordre particulier, psychologique, sert à dévoiler le vice caché des méthodes générales du philosophe. On blesse les lois élémentaires de la logique en accouplant la thèse qui affirme l'unité dernière des choses et celle qui constate notre impuissance de scruter le fond immuable de la nature. Et par surcroît, on s'expose aux dures représailles prévues par la loi de l'identité des contraires. On tombe dans l'erreur qui consiste à prendre la négation de l'unité, de la connaissance pure et abstraite, l'incognoscible, pour quelque chose de distinct, de réellement séparé du monde phénoménal. Sous ce rapport, ajoutions-nous [2] , les philosophies se groupent en deux grandes classes. Dans l'une on trouve Démocrite, Giordano Bruno, Spinoza, Leibnitz, Fichte, Hegel, Schopenhauer, Spencer, tous les esprits assez audacieux pour s'imposer la tâche difficile de corriger l'agnosticisme par le monisme, un excès de prudence par un excès de témérité. Et dans l'autre viennent se ranger Socrate, Aristote, Bacon, Descartes, Locke, Hume, Kant, Comte, tous les penseurs dont le monisme, moins catégorique, moins affirmatif, s'accompagne, par suite, d'un agnosticisme logiquement moins défectueux ou mieux motivé. Dans cette double série nous choisissons aujourd'hui les termes ultimes; et, remplissant une promesse contenue dans l'avant-propos de notre dernier ouvrage, nous allons examiner les deux théories extrêmes où versa, en son enquête sur l'unité du monde, la philosophie contemporaine. Toutefois, il ne sera pas inutile, croyons-nous, de faire précéder cette étude par un exposé sommaire de quelques vues générales. Elles visent les relations qui s'observent entre l' agnosticisme et l' expérience ; l'un, principal apport du passé religieux, apport qui semble vouloir s'arroger, dans la production philosophique de nos jours, le rôle inhibitoire et misonéiste joué, dans un autre ordre d'activité, par le Capital; l'autre qui, comme nous tâcherons de le prouver, se confond intimement avec la poursuite monistique et figure assez bien, dans l'antinomie conceptuelle prétendue insoluble, les ambitions rénovatrices du Travail. Paris, en avril 1894. NOTES: [1] Agnosticisme , pp. 72-73, 107-113, et La Recherche de l'Unité , passim. [2] Agnosticisme , pp. 112-113. AUGUSTE COMTE ET HERBERT SPENCER LIVRE PREMIER LE PROBLÈME DU MONISME DANS LA PHILOSOPHIE DU TEMPS PRÉSENT I Le caractère dominant du positivisme, le «trait propre» qui valut à cette doctrine tant de disciples enthousiastes, est aujourd'hui sainement apprécié même des adversaires. Ceux-ci, en effet, admettent déjà volontiers que la philosophie positive «révèle un sentiment beaucoup plus vif qu'on ne l'éprouvait auparavant : 1° de la liaison des choses, et 2° des limites infranchissables qui bornent nos connaissances.» Le positivisme s'affirmerait donc à la fois comme un monisme plus radical et comme un agnosticisme plus accentué que les conceptions philosophiques qui le précédèrent et le préparèrent. Je souscris entièrement à la seconde caractér