The Chymical Wedding of Christian Rosencreutz — Christian Rosencreutz
The Project Gutenberg E-text of Les Noces Chimiques, by Christian Rosencreutz You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : Les Noces Chimiques Author : Christian Rosencreutz Release date : April 1, 2005 [eBook #7854] Most recently updated: October 17, 2014 Language : French Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/7854 Credits : Produced by Carlo Traverso, Charles Franks, and the Online Distributed Proofreading team *** START OF Donc: ne jette pas les perles aux porcs, et ne fais pas à un âne un lit de roses. STRASBOURG Chez les Héritiers de feu Lazare Zetzner Année M. DC. XVI PREMIER JOUR Un soir, quelque temps avant Pâques, j'étais assis devant ma table et je m'entretenais, selon mon habitude, longuement avec mon Créateur, dans une humble prière. Je méditais profondément les grands secrets, que le Père de la Lumière, dans sa majesté, m'a laissé contempler en grand nombre, plein du désir de préparer dans mon coeur un pain azyme sans tache, avec l'aide de mon agneau de Pâques bien-aimé. Soudain le vent vint à souffler avec tant de violence qu'il me sembla que la montagne dans laquelle ma demeure était creusée, s'écroulerait sous la rafale. Cependant, comme cette tentative du diable, qui m'a accablé de bien des peines, resta sans succès, je repris courage et persévérai dans ma méditation. Tout à coup je me sens touché au dos; j'en fus si effrayé que je n'osai me retourner, quoiqu'en même temps j'en ressentisse une joie comme la faiblesse humaine n'en peut connaître que dans de semblables circonstances. Comme on continuait à me tirer par mes vêtements, à plusieurs reprises, je finis cependant par me retourner et je vis une femme admirablement belle, vêtue d'une robe bleue parsemée délicatement d'étoiles d'or, tel le ciel. Dans sa main droite elle tenait une trompette en or, sur laquelle je lus aisément un nom, que l'on me défendit de révéler par la suite; dans sa main gauche elle serrait un gros paquet de lettres, écrites dans toutes les langues, qu'elle devait distribuer dans tous les pays comme je l'ai su plus tard. Elle avait des ailes grandes et belles, couvertes d'yeux sur toute leur étendue; avec ces ailes elle s'élançait et volait plus vite que l'aigle. Peut-être aurais-je pu faire d'autres remarques encore, mais, comme elle ne resta que très peu de temps près de moi tandis que j'étais encore plein de terreur et de ravissement, je n'en vis pas davantage. Car, dès que je me retournai, elle feuilleta son paquet de lettres, en prit une et la déposa sur la table avec une profonde révérence; puis elle me quitta sans m'avoir dit une parole. Mais en prenant son essor, elle sonna de sa trompette avec une telle force que la montagne entière en résonna et que je n'entendis plus ma propre voix pendant près d'un quart d'heure. Ne sachant quel parti prendre dans cette aventure inattendue, je tombai à genoux et priai mon Créateur qu'il me sauvegardât de tout ce qui pourrait être contraire à mon salut éternel. Tout tremblant de crainte je pris alors la lettre et je la trouvai plus pesante que si elle avait été toute en or. En l'examinant avec soin, je découvris le sceau minuscule qui la fermait et qui portait une croix délicate avec l'inscription: In hoc signo + vinces . Dès que j'eus aperçu ce signe je repris confiance car ce sceau n'aurait pas plu au diable qui certes n'en faisait pas usage. Je décachetai donc vivement la lettre et je lus les vers suivants, écrits en lettres d'or sur champ bleu: Aujourd'hui, aujourd'hui, aujourd'hui, Ce sont les noces du roi; Si tu es né pour y prendre part Elu par Dieu pour la joie, Va vers la montagne Qui porte trois temples Voir les événements. Prends garde à toi, Examine-toi toi-même. Si tu ne t'es pas purifié assidûment Les noces te feront dommage. Malheur à qui s'attarde là-bas. Que celui qui est trop léger s'abstienne. Au-dessous comme signature: Sponsus et Sponsa . A la lecture de cette lettre je faillis m'évanouir; mes cheveux se dressèrent et une sueur froide baigna tout mon corps. Je comprenais bien qu'il était question du mariage qui m'avait été annoncé dans une vision formelle sept ans auparavant; je l'avais attendu et souhaité ardemment pendant longtemps et j'en avais trouvé le terme en calculant soigneusement les aspects de mes planètes; mais jamais je n'avais soupçonné qu'il aurait lieu dans des conditions si graves et si dangereuses. En effet, je m'étais imaginé que je n'avais qu'à me présenter au mariage pour être accueilli en convive bienvenu et voici que tout dépendait de l'élection divine. Je n'étais nullement certain d'être parmi les élus; bien plus, en m'examinant, je ne trouvais en moi qu'inintelligence et ignorance des mystères, ignorance telle que je n'étais même pas capable de comprendre le sol que foulaient mes pieds et les objets de mes occupations journalières; à plus forte raison je ne devais pas être destiné à approfondir et à connaître les secrets de la nature. A mon avis, la nature aurait pu trouver partout un disciple plus méritant, à qui elle eût pu confier son trésor si précieux, quoique temporel et périssable. De même je m'aperçus que mon corps, mes moeurs extérieures et l'amour fraternel pour mon prochain n'étaient pas d'une pureté bien éclatante; ainsi, l'orgueil de la chair perçait encore par sa tendance vers la considération et la pompe mondaines et le manque d'égards pour mon prochain. J'étais encore constamment tourmenté par la pensée d'agir pour mon profit, de me bâtir des palais, de me faire un nom immortel dans le monde et autres choses semblables. Mais ce furent surtout les paroles obscures, concernant les trois temples, qui me donnèrent une grand inquiétude; mes méditations ne parvinrent pas à les éclaircir, et, peut-être, ne les aurais-je jamais comp