アンディアナ — ジョルジュ・サンド
Page de couverture Indiana Notice Préface Préface I. II. III. IV. V. VI. VII. VIII. IX. X. XI. XII. XIII. XIV. XV. XVI. XVII. XVIII. XIX. XX. XXI. XXII. XXIII. XXIV. XXV. XXVI. XXVII. XXVIII. XXIX. XXX. Conclusion À propos Indiana À propos Indiana George Sand J. Hetzel, Paris, 1853 Exporté de Wikisource le 9 mai 2026 Notice Préface Préface de 1832 Préface Préface de l’édition de 1842 I. Première partie II. III. IV. V. VI. VII. VIII. IX. Deuxième partie X. XI. XII. XIII. XIV. XV. XVI. XVII. Troisième partie XVIII. XIX. XX. XXI. XXII. XXIII. XXIV. XXV. Quatrième partie XXVI. XXVII. XXVIII. XXIX. XXX. Conclusion INDIANA NOTICE J’ai écrit Indiana durant l’automne de 1831. C’est mon premier roman ; je l’ai fait sans aucun plan, sans aucune théorie d’art ou de philosophie dans l’esprit. J’étais dans l’âge où l’on écrit avec ses instincts et où la réflexion ne nous sert qu’à nous confirmer dans nos tendances naturelles. On voulut y voir un plaidoyer bien prémédité contre le mariage. Je n’en cherchais pas si long, et je fus étonné au dernier point de toutes les belles choses que la critique trouva à dire sur mes intentions subversives. La critique a beaucoup trop d’esprit, c’est ce qui la fera mourir. Elle ne juge jamais naïvement ce qui a été fait naïvement. Elle cherche, comme disent les bonnes gens, midi à quatorze heures, et a dû faire beaucoup de mal aux artistes qui se sont préoccupés de ses arrêts plus que de raison. Sous tous les régimes et dans tous les temps, il y a eu d’ailleurs une race de critiques qui, au mépris de leur propre talent, se sont imaginé devoir faire le métier de dénonciateurs, de pourvoyeurs du ministère public ; singulière fonction pour des gens de lettres vis-à-vis de leurs confrères ! Les rigueurs des gouvernements contre la presse n’ont jamais suffi à ces critiques farouches. Ils voudraient qu’elles portassent non-seulement sur les œuvres, mais encore sur les personnes, et, si on les écoutait, il serait défendu à certains d’entre nous d’écrire quoi que ce soit. Du temps que je fis Indiana , on criait au saint-simonisme à propos de tout. Plus tard on cria à toutes sortes d’autres choses. Il est encore défendu à certains écrivains d’ouvrir la bouche, sous peine de voir les sergents de ville de certains feuilletons s’élancer sur leur œuvre pour les traduire devant la police des pouvoirs constitués. Si cet écrivain fait parler noblement un ouvrier, c’est une attaque contre la bourgeoisie ; si une fille égarée est réhabilitée après expiation, c’est une attaque contre les femmes honnêtes ; si un escroc prend des titres de noblesse, c’est une attaque contre le patriciat ; si un bravache fait le matamore, c’est une insulte contre l’armée ; si une femme est maltraitée par son mari, c’est la promiscuité qui est prêchée. Et de tout ainsi. Bons confrères, saintes et généreuses âmes de critiques ! Quel malheur qu’on ne songe point à établir un petit tribunal d’inquisition littéraire dont vous seriez les tourmenteurs ! Vous suffirait-il de dépecer et de brûler les livres à petit feu, et ne pourrait-on, sur vos instances, vous permettre de faire tâter un peu de torture aux écrivains qui se permettent d’avoir d’autres dieux que les vôtres ? Dieu merci, j’ai oublié jusqu’aux noms de ceux qui, dès mon premier début, tentaient de me décourager, et qui, ne pouvant dire que cet humble début fût une platitude complète, essayèrent d’en faire une proclamation incendiaire contre le repos des sociétés. Je ne m’attendais pas à tant d’honneur, et je pense que je dois à ces critiques le remerciement que le lièvre adressa aux grenouilles, en s’imaginant, à leurs terreurs, qu’il avait droit de se croire un foudre de guerre. GEORGE SAND. Nohant, mai 1852. PRÉFACE DE 1832. Si quelques pages de ce livre encouraient le grave reproche de tendance vers des croyances nouvelles, si des juges rigides trouvaient leur allure imprudente et dangereuse, il faudrait répondre à la critique qu’elle fait beaucoup trop d’honneur à une œuvre sans importance ; que, pour se prendre aux grandes questions de l’ordre social, il faut se sentir une grande force d’âme ou s’attribuer un grand talent, et que tant de présomption n’entre point dans la donnée d’un récit fort simple où l’écrivain n’a presque rien créé. Si, dans le cours de sa tâche, il lui est arrivé d’exprimer des plaintes arrachées à ses personnages par le malaise social dont ils sont atteints ; s’il n’a pas craint de répéter leurs aspirations vers une existence meilleure, qu’on s’en prenne à la société pour ses inégalités, à la destinée pour ses caprices ! L’écrivain n’est qu’un miroir qui les reflète, une machine qui les décalque, et qui n’a rien à se faire pardonner si ses empreintes sont exactes, si son reflet est fidèle. Considérez ensuite que le narrateur n’a pas pris pour texte ou pour devise quelques cris de souffrance et de colère épars dans le drame d’une vie humaine. Il n’a point la prétention de cacher un enseignement grave sous la forme d’un conte ; il ne vient pas donner son coup de main à l’édifice qu’un douteux avenir nous prépare, son coup de pied à celui du passé qui s’écroule. Il sait trop que nous vivons dans un temps de ruine morale, où la raison humaine a besoin de rideaux pour atténuer le trop grand jour qui l’éblouit. S’il s’était senti assez docte pour faire un livre vraiment utile, il aurait adouci la vérité, au lieu de la présenter avec ses teintes crues et ses effets tranchants. Ce livre-là eût fait l’office des lunettes bleues pour les yeux malades. Il ne renonce point à remplir quelque jour cette tâche honnête et généreuse ; mais, jeune qu’il est aujourd’hui, il vous raconte ce qu’il a vu, sans oser prendre ses conclusions sur ce grand procès entre l’avenir et le passé, que peut-être nul homme de la génération présente n’est bien compétent pour juger. Trop consciencieux pour vous dissimuler ses doutes, mais trop timide pour les ériger en certitudes, il se fie à vos réflexions, et s’abstient de porter dans la trame de son récit de