哲学書簡 — ヴォルテール
You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : Les derniers Iroquois Author : H. Emile Chevalier Release date : March 20, 2006 [eBook #18029] Language : French Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/18029 Credits : Produced by Rénald Lévesque *** START OF PHILARÈTE CHASLES Témoignage de haute admiration pour ses magnifiques et profondes études sur les hommes et les choses de l'Amérique septentrionale. H. ÉMILE CHRVALIER. Château de Maulnes, septembre 1882. CHAPITRE PREMIER LA VEUVE INDIENNE ET SES MARIS La nuit est noire, profonde: rares sont les étoiles qui, comme des diamants fixés à un dais de velours bleu foncé, scintillent ça et là dans l'immensité des cieux. Pas un rayon de lune pour éclairer l'espace. Cependant des bruits étranges, des chants bizarres s'élèvent du mont Baker, limite septentrionale de la chaîne des Cascades, dans la Nouvelle-Calédonie. Cette chaîne, composée de collines reliées par les pics Baker, Rainier 1 Sainte-Hélène, Hood, Jefferson et Jackson, ourle le littoral du Pacifique, à quelque vingt lieues des côtes, et se déploie presque parallèlement à elles, comme un arc, dont les monts Saint-Hélène et Jefferson formeraient les sommets, le mont Hood le point d'appui pour ajuster la flèche. Note 1: (retour) C'est l'orthographe exacte du nom que, par erreur, j'ai quelquefois appelé Ramer dans mes précédents ouvrages. Situées au 122° de longitude, les Cascades s'étendent du 49° latitude N. au 43° S. Le Rio-Columbia les coupe en deux parties à peu près égales. On peut leur assigner comme bornes, en haut, la baie Bellingham, dans le golfe de Géorgie, vis à vis de l'île Vancouver, et en bas la rivière Smiths, oui se verse dans l'Océan. Ces bornes ne sont toutefois pas définitives, car après avoir semblé se perdre dans les vallées spacieuses, les Cascades reparaissent plus robustes, plus sourcilleuses que jamais et projettent d'un côté leur tête chenue jusque sous le pôle, tandis que, par le mont Shasté, elles descendent jusqu'en Californie, baigner leurs pieds aux ondes du Sacramento. Plusieurs des pics qui, de même que des sentinelles géantes, les dominent de distance en distance, sont volcaniques et sujets à des éruptions fréquentes: de ce nombre, le Baker, haut de 10,700 pieds anglais. Tout d'un coup, les sons qui montaient à sa base cessèrent. Il se fit un silence solennel, à peine troublé par le frémissement des feuillages au souffle de la brise. On eût dit que la solitude était complète, dans ces régions incultes et lointaines. Mais, soudain, une flamme claire, pétillante, jaillit à travers les ténèbres: elle embrasse un étroit horizon. Au même instant, les chants recommencent, et, dans le cercle de feu, on voit, comme sur le rideau d'une lanterne magique, s'agiter des personnages aux proportions effrayantes. Le regard est attiré et repoussé tout à la fois. Assiste-t-on à une scène de ce monde ou à quelque mystérieuse fantasmagorie telle qu'il ne s'en montre que dans les hallucinations d'un esprit en délire? Quoi qu'il en soit, le chant hausse. C'est une sorte d'antienne cadencée, soutenue par l'accompagnement monotone de plusieurs tambourins. Dans cette musique grave et douce, bien qu'inharmonique, au milieu de cette nuit sombre, sans écho, il y a quelque chose d'indicible qui attriste le coeur et le refroidit. Si nous étions en Europe, au Moyen Age, je croirais à une lugubre cérémonie religieuse accomplie par des fanatiques. Mais, au fond de l'Amérique septentrionale!... Examinons d'ailleurs: simple torche en paraissant, la flamme s'est développée; elle a grandi; elle s'est élargie; elle a gagné en intensité, et la voici qui s'évanouit: on ne distingue plus que des lueurs rouges, enfouies sous des tourbillons de fumée blanchâtre; des craquements se font entendre; une pénétrante senteur de résine sature l'air; et, subitement, un éclair sillonne les vapeurs, comme la foudre sillonne les nuées, des torrents de lumière se précipitent de toutes parts. Le tableau se présente à nous mieux accentué qu'en plein jour. Au premier plan, vers le faîte d'une éminence, un bûcher; sur ce bûcher deux corps humains; tout à l'entour une bande d'Indiens, sans armes et sans autres habillements que la kalaquarté , ou jupon court en filaments d'écorce de cèdre; à droite, attaché à un pin, un autre Indien vêtu en trappeur du Nord-Ouest; sur la gauche une petite troupe de chevaux broutant le gazon, et, par derrière, le Baker dont les flancs abrupts se confondent avec l'obscurité, après avoir dessiné un instant, sous les réverbérations du brasier, leurs crêtes rugueuses, hérissées de pins séculaires. La plupart des sauvages dansaient, en nasillant leur psalmodie, devant le bûcher; quelques-uns gesticulaient et se livraient à des contorsions fantastiques; ceux-ci frappaient avec de petits bâtons sur des co-lu-de-sos , instruments assez semblables à nos tambours de basque, et ceux-la attisaient le feu. Déjà, de ses langues dévorantes, il ronge le bûcher entier, quand une des formes humaines, étendues à son sommet, se lève brusquement en poussant un cri de douleur. Un moment elle reste debout, ceinte par les flammes comme par une radieuse auréole. Une peau de buffle, dont elle était enveloppée, tombe à ses pieds, et, alors, on découvre que cette peau cachait une femme, jeune, belle, pleine de séductions. Nulle couverte, nulle tunique de chasse ne dérobe ses merveilleux attraits. A l'exception de la kalaquarté, elle est dans l'état de nature, et l'on se sent saisi d'admiration à l'aspect de tant de charmes réunis sur une même personne. Cependant, comme ceux qui l'environnent, le sang de la race rouge coule dans ses veines. Mais, ainsi que le captif, elle n'appartient pas à la même tribu, car ses traits nobles et réguliers ne sont