ポール・エ・ヴィルジニー — ベルナルダン・ド・サン=ピエール
Page de couverture Paul et Virginie Préambule Paul et Virginie Liste des Souscripteurs À propos Paul et Virginie À propos Paul et Virginie Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre P. Didot l’aîné, Paris, 1806 Exporté de Wikisource le 9 mai 2026 PAUL ET VIRGINIE PAR JACQUES-HENRI BERNARDIN DE SAINT-PIERRE MISERIS SUCCURERE DISCO. AENEID., LIB. I. À PARIS DE L’IMPRIMERIE DE P. DIDOT L’AÎNÉ, CI-DEVANT AU LOUVRE, PRÉSENTEMENT RUE DU PONT DE LODI. MDCCCVI. Préambule Paul et Virginie Liste des Souscripteurs Paul virginie 1806 1 portrait lafitte PRÉAMBULE Voici l’édition in -4° de Paul et Virginie que j’ai proposée par souscription. Elle a été imprimée chez P. Didot l’aîné, sur papier vélin d’Essonnes. Je l’ai enrichie de six planches dessinées et gravées par les plus grands maîtres, et j’y ai mis en tête mon portrait, que mes amis me demandoient depuis long-temps. Il y a au moins deux ans que j’ai annoncé cette souscription. Si plusieurs raisons m’avoient décidé à l’entreprendre, un plus grand nombre m’auroit obligé à y renoncer. Mais j’ai regardé comme le premier de mes devoirs de remplir mes engagements avec mes souscripteurs. Sous ce rapport, l’histoire de mon édition ne pourroit intéresser qu’un petit nombre de personnes : cependant, comme elle me donnera lieu de faire quelques réflexions utiles aux gens de lettres sans expérience, en les éclairant de celle que j’ai acquise, sur les contrefaçons, les souscriptions, les journaux, et les artistes, j’ai lieu de croire qu’elle ne sera indifférente à aucun lecteur. On verra au moins comme, avec l’aide de la providence, je suis venu à bout de tirer cette rose d’un buisson d’épines. Le premier motif qui m’engagea à faire une édition recherchée de Paul et Virginie, fut le grand succès de ce petit ouvrage. Il n’est au fond qu’un délassement de mes études de la nature, et l’application que j’ai faite de ses lois au bonheur de deux familles malheureuses. Il ne fut publié que deux ans après les premieres, c’est-à-dire en 1786 : mais l’accueil qu’il reçut à sa naissance surpassa mon attente. On en fit des romans, des idylles, et plusieurs pieces de théâtre. On en imprima les divers sujets sur des ceintures, des brasselets, et d’autres ajustements de femme. Un grand nombre de peres et surtout de meres firent porter à leurs enfants venant au monde les surnoms de Paul et de Virginie. La réputation de cette pastorale s’étendit dans toute l’Europe. J’en ai deux traductions anglaises, une italienne, une allemande, une hollandaise, et une polonaise ; on m’a promis de m’en envoyer une russe et une espagnole. Elle est devenue classique en Angleterre. Sans doute j’ai obligation de ce succès, unanime chez des nations d’opinions si différentes, aux femmes, qui par tout pays ramenent de tous leurs moyens les hommes aux lois de la nature. Elles m’en ont donné une preuve évidente en ce que la plupart de ces traductions ont été faites par des dames ou des demoiselles. J’ai été enchanté, je l’avoue, de voir mes enfants adoptifs revêtus de costumes étrangers, par leurs mains maternelles ou virginales. Je me suis donc cru obligé à mon tour de les orner de tous les charmes de la typographie et de la gravure françaises, afin de les rendre plus dignes du sexe sensible qui les avoit si bien accueillis. Sans doute ils lui sont redevables d’une réputation qui s’étend, dès à présent, vers la postérité. Déja les Muses décorent de fables leur berceau et leur tombeau, comme si c’étoient des monuments antiques. Non seulement plusieurs familles considérables se font honneur d’être leurs alliées ; mais un bon créole de l’isle de Bourbon m’a assuré qu’il étoit parent du S. Géran. Un jeune homme nouvellement arrivé des Indes orientales m’a fait voir depuis peu une relation manuscrite de son voyage. Il y raconte qu’il s’est reposé sur la vieille racine du cocotier planté à la naissance de Paul ; qu’il s’est promené dans l’Embrasure où l’ami de Virginie aimoit tant à grimper, et qu’enfin il a vu le noir Domingue âgé de plus de cent vingt ans [ 1 ] , et pleurant sans cesse la mort de ces deux aimables jeunes gens ; il ajouta que, quoiqu’il eût vérifié les principaux évènements de leur histoire, il avoit pris la liberté de s’écarter de mes récits dans quelques circonstances légères, persuadé que je voudrois bien lui permettre de les publier avec leurs variantes. J’y consentis, en lui faisant observer que, de mon temps, cette ouverture du sommet de la montagne qu’on appelle l’Embrasure, m’avoit paru à plus de cent pieds de hauteur perpendiculaire. Au reste je lui recommandai fort d’être toujours exact à dire la vérité, et d’imiter dans ses récits ce héros protégé de Minerve, qui avoit beaucoup moins voyagé que lui, mais qui avoit vu des choses bien plus extraordinaires. En vérité, s’il m’est permis de le dire, je crois que mon humble pastorale pourroit fort bien m’acquérir un jour autant de célébrité que les poëmes sublimes de l’Iliade et de l’Odyssée en ont valu à Homere. L’éloignement des lieux comme celui des temps en met les personnages à la même distance, et les couvre du même respect. J’ai déjà un Nestor dans le vieux Domingue, et un Ulysse dans mon jeune voyageur. Les commentaires commencent à naître ; il est possible qu’à la faveur de mes amis, et sur-tout de mes ennemis, qui se piquent d’une grande sensibilité à mon égard, elle me prépare autant d’éloges après ma mort que mes autres écrits, où je n’ai cherché que la vérité, m’ont attiré de persécutions pendant ma vie. Cependant, je l’avoue, un autre motif plus touchant que celui de la gloire m’a engagé à faire une belle édition de Paul et Virginie : c’est le désir paternel de laisser à mes enfants, qui portent les mêmes noms, une édition exécutée par les plus habiles artistes en tout genre, afin qu’elle ne pût être imitée par les contrefacteurs. Ce sont eux qui ont dépouillé mes enfants de la meilleure partie du patrimoine qui étoit en ma disposition. Les gens de lettres se sont assez plaints de leurs brigandages ; mais ils ne saven