Aesthetic Reverie; Essay on the Psychology of the Poet — Paul Souriau
You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : La rêverie esthétique; essai sur la psychologie du poète Author : Paul Souriau Release date : September 28, 2008 [eBook #26749] Language : French Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/26749 Credits : E-text prepared by Ruth Hart *** START OF LA RÈVERIE ESTHÉTIQUE ESSAI SUR LA PSYCHOLOGIE DU POÈTE PAR PAUL SOURIAU Professeur à l'Université de Nancy. PARIS FÉLIX ALCAN, EDITEUR LIBRAIRIES FÉLIX ALCAN ET GUILLAUMIN RÉUNIES 408, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 1906 Tous droits réservés. TABLE DES MATIÈRES Introduction 1 Chapitre I. Définition Psychologique de la Poésie § 1. Éléments intellectuels. — La rêverie 6 § 2. Éléments esthétiques 14 Chapitre II. La Poésie Intérieure 28 Chapitre III. La Poésie de la Nature 42 Chapitre IV. La Poésie dans l'Art 55 Chapitre V. La Poésie Littéraire § 1. Effet sur l'Intelligence 83 § 2. Valeur Poétique de la Pensée 92 § 3. Valeur Poétique du Sentiment 101 Chapitre VI. La Composition Poétique § 1. La Méthode d'Inspiration 115 § 2. La Méthode de Réflexion 129 Chapitre VII. La Question du Vers et l'Avenir de la Poésie 151 INTRODUCTION Ce livre est une enquête de pure psychologie. Nous voulons nous rendre compte, le plus exactement que nous le pourrons, des effets que produit sur nous la poésie, et du travail intérieur par lequel elle s'élabore dans notre esprit. Doit-on craindre que cette exploration indiscrète ne retire à la poésie quelque chose de son charme? Nous ne le pensons pas. Seules les choses vulgaires perdent à ce qu'on les explique. La poésie, si réellement elle mérite d'être admirée, doit résister à cette épreuve. Soit par exemple le sentiment poétique que nous donne la contemplation de la nature. On se sait gré à soi-même de l'éprouver, comme s'il avait un caractère de noblesse et de dignité. Pour savoir si cet état d'âme particulier mérite qu'on lui attache tant de prix, il faut chercher en quoi il consiste. Peut-être n'est-il qu'un état passif où la conscience s'engourdit, quelque chose d'analogue à l'extase béate de l'ivresse. Alors cette impression que l'on a de s'élever à un état supérieur où le Moi se dilate et s'amplifie n'est plus qu'une illusion. Mais si l'on discerne dans ce sentiment une réelle activité mentale, un afflux d'idées motions, un chant intérieur dont nous accompagnons notre contemplation, alors il reprend toute sa valeur. — Soit encore le travail de l'invention poétique. Nous n'entendons nullement le déprécier en l'analysant par le détail; car la suite d'opérations mentales qui aboutit à la composition d'un poème est une chose aussi intéressante en soi, aussi curieuse, aussi admirable que le poème lui-même. Qu'un poète médiocre défende le secret de son travail avec un soin jaloux! Son œuvre en effet nous paraîtra d'autant plus mesquine que nous en démêlerons mieux l'artifice. Mais un grand poète pourrait impunément nous faire assister à la genèse de ses poèmes. Ses hésitations, ses reprises, ses scrupules d'écrivain témoignent de sa conscience artistique; les ratures même de son manuscrit sont à sa gloire. Il nous faut dire maintenant quelques mots de la méthode que nous comptons employer. La poésie est une chose idéale et purement psychique que nous ne pouvons percevoir au dehors, mais seulement en nous-mêmes, au plus profond de notre conscience. Qui ne la trouverait pas en soi ne pourrait même s'en faire une idée. C'est donc en soi-même que chacun devra l'observer tout d'abord. Cette observation est difficile et délicate. Dans nos moments de contemplation poétique ou d'inspiration, nous ne songeons guère à nous analyser. Bon nombre de faits ne peuvent être étudiés qu'après coup, dans le rappel plus ou moins fidèle de nos impressions antérieures. Il faut en prendre notre parti. L'expérience personnelle, quels que soient ses défauts, peut seule nous faire percevoir ce qu'il y a d'essentiel et de caractéristique dans la poésie. Est-ce à dire que nous ne puissions user d'aucun autre procédé d'information? Non sans doute. Nous échangerons nos confidences. Chacun pourra s'informer de ce qu'auront observé les autres. Nous aurons, pour élargir notre enquête, l'œuvre écrite des poètes et des romanciers: source précieuse d'informations où nous puiserons à loisir. Une page de roman, une pièce de vers est un document psychologique de premier ordre. Les poètes sont de fins analystes, aussi exercés que les psychologues de profession à l'observation intérieure et à la description des états de conscience. Nous les relirons, pour retrouver dans cette sorte de lecture expérimentale les émotions qu'ils nous avaient autrefois données, et que cette fois notre attention avertie saura mieux percevoir. Nous mettrons aussi à contribution, chaque fois que cela nous sera possible, les plus récentes enquêtes de la psychologie. Peut-être ne nous fourniront-elles, sur le sujet qui nous occupe, qu'un petit nombre d'observations rigoureuses, scientifiquement établies. Si brèves qu'elles soient, ces indications nous seront précieuses. Elles nous permettront de reprendre pied sur un terrain plus ferme; elles nous apprendront à ne rien affirmer à la légère. Plus les faits que nous aurons à étudier seront indécis et difficilement observables, plus nous devrons nous efforcer de mettre de précision et de méthode dans notre investigation. Nous allons entrer dans le domaine des vagues rêveries, des illusions et des mirages: nous risquerions d'y perdre l'esprit de précision. La psychologie expérimentale nous le rendra. Celui qui chemine hésitant dans le brouillard, s'il aperçoit à travers ces vapeurs flottantes quelque objet fixe et connu sur lequel il puisse s'orienter, se rassure et marche d'un pas plus ferme: ainsi, dans les régions un peu troubles de