Pascal's Pensées / パンセ — Blaise Pascal
Pensées (Pascal) Wikisource propose plusieurs éditions des Pensées de Pascal . Date Titre et éditions 1662 1669 : Pensées sur la religion copie et mise au net du manuscrit original, avec corrections de Nicole et Arnauld, dite « première Copie » (BNF, ms. f. fr. 9203) 1669 : Pensées de M. Pascal sur la religion, et sur quelques autres sujets… édition dite « préoriginale » 1670 : Pensées de M. Pascal sur la religion, et sur quelques autres sujets… 1844 : Pensées, édition Faugère 1866 : Pensées, édition Havet 1871 : Pensées, édition Lahure reprenant l’ordre de l’édition Havet , mais sans ses notes. 1896 : Pensées, édition Didiot 1925 : Pensées, édition Brunschvicg avec un appareil de notes considérable par Léon Brunschvicg , une introduction du même et des pièces justificatives. Le texte annoté peut aussi être téléchargé sans ces éléments. Pensées de M. Pascal sur la religion, et sur quelques autres sujets… TABLE Préface I. Contre l’Indifference des Athées II. Marques de la veritable Religion III. Veritable Religion prouvée par les contrarietez qui ſont dans l’homme, & par le peché originel. IV. Il n’eſt pas incroyable que Dieu s’uniſſe à nous. V. Soumiſſion, & uſage de la raiſon. VI. Foy sans raisonnement. VII. Qu’il eſt plus avantageux de croire que de ne pas croire ce qu’enſeigne la Religion Chreſtienne. VIII. Image d’un homme qui s’eſt laſſé de chercher Dieu par le ſeul raiſonnement, & qui commence à lire l’Eſcriture. IX. Injuſtice, & corruption de l’homme. X. Iuifs. XI. Moyſe. XII. . XIII. . XIV. . XV. . Préface PREFACE , Contenant de quelle maniere ceſ Penſées ont eſté écrittes & recueillies ; ce qui en a fait retarder l’impreſſion ; quel eſtoit le deſſein de Monſieur Paſcal dans cet Ouvrage ; & de quelle ſorte il a paßé les dernieres années de ſa vie . M Onsieur Pascal ayant quitté fort jeune l’eſtude des Mathématiques, de la Phyſique, et des autres ſciences profanes, dans leſquelles il avoit fait un ſi grand progrés, qu’il y a eu aſſurément peu de perſonnes qui ayent pénetré plus avant que luy dans les matieres particulieres qu’il en a traittées, il commença vers la trentiéme année de ſon âge à s’appliquer à des choſes plus ſerieuses & plus relevées, & à s’adonner uniquement, autant que ſa ſanté le pût permettre, à l’étude de l’Eſcriture, des Peres, & de la Morale Chreſtienne. Mais quoyqu’il n’ait pas moins excellé dans ces ſortes de ſciences qu’il avoit fait dans les autres, comme il l’a bien fait paroiſtre par des ouvrages qui paſſent pour aſſez achevez en leur genre, on peut dire neanmoins que ſi Dieu euſt permis qu’il euſt travaillé quelque temps à celui qu’il avoit deſſein de faire ſur la Religion, & auquel il vouloit employer tout le reſte de ſa vie, cet ouvrage euſt beaucoup ſurpaſſé tous les autres qu’on a vûs de luy ; parce qu’en effet les vûes qu’il avoit ſur ce ſujet eſtoient infiniment au deſſus de celles qu’il avoit ſur toutes les autres choses. Je crois qu’il n’y aura perſonne qui n’en ſoit facilement perſuadé en voyant ſeulement le peu que l’on en donne à preſent quelque imparfait qu’il paroiſſe, & principalement ſçachant la maniere dont il y a travaillé, & toute l’hiſtoire du recüeil qu’on en a fait. Voicy comment tout cela s’eſt paſſé. Monſieur Paſcal conceut le deſſein de cet ouvrage pluſieurs années avant ſa mort ; mais il ne faut pas neanmoins s’eſtonner s’il fut ſi longtemps ſans en rien mettre par écrit ; car il avoit toûjours accouſtumé de ſonger beaucoup aux choſes, et de les diſposer dans ſon eſprit avant que de les produire au dehors, pour bien conſiderer & examiner avec ſoin celles qu’il falloit mettre les premieres ou les dernieres, & l’ordre qu’il leur devoit donner à toutes, afin qu’elles puſſent faire l’effet qu’il deſiroit. Et comme il avoit une memoire excellente & qu’on peut dire meſme prodigieuſe, en ſorte qu’il a ſouvent aſſuré qu’il n’avoit jamais rien oublié de ce qu’il avoit une fois bien imprimé dans ſon eſprit ; lors qu’il s’eſtoit ainſy quelque temps appliqué à un ſujet, il ne craignoit pas que les penſées qui luy eſtoient venuës lui puſſent jamais échapper ; & c’eſt pourquoy il différoit aſſez ſouvent de les écrire, ſoit qu’il n’en euſt pas le loiſir, ſoit que ſa ſanté, qui a preſque toûjours eſté languiſſante & imparfaite, ne fuſt pas aſſez forte pour luy permettre de travailler avec application. C’eſt ce qui a eſté cause que l’on a perdu à ſa mort la plus grande partie de ce qu’il avoit déjà conçû touchant ſon deſſein. Car il n’a preſque rien eſcrit des principales raiſons dont il vouloit ſe ſervir, des fondemens ſur leſquels il prétendoit appuyer ſon ouvrage, & de l’ordre qu’il vouloit y garder ; ce qui eſtoit aſſurément très conſiderable. Tout cela eſtoit tellement gravé dans ſon eſprit & dans ſa memoire, qu’ayant negligé de l’écrire lorſqu’il l’auroit peut-eſtre pû faire, il ſe trouva, lorſqu’il l’auroit bien voulu, hors d’eſtat d’y pouvoir du tout travailler. Il ſe rencontra neanmoins une occaſion il y a environ dix ou douze ans, en laquelle on l’obligea, non pas d’eſcrire ce qu’il avoit dans l’eſprit ſur ce ſujet là, mais d’en dire quelque choſe de vive voix. Il le fit donc en preſence & à la priere de pluſieurs perſonnes tres conſiderables de ſes amis. Il leur développa en peu de mots le plan de tout ſon ouvrage : il leur repreſenta ce qui en devoit faire le ſujet & la matiere : il leur en rapporta en abregé les raiſons & les principes : & il leur explique l’ordre & la ſuitte des choses qu’il y vouloit traitter. Et ces perſonnes, qui ſont auſſy capables qu’on le puiſſe eſtre de juger de ces ſortes de choſes, avoüent qu’elles n’ont jamais rien entendu de plus beau, de plus touchant, ny de plus convaincant ; qu’elles en furent charmées ; & que ce qu’elles virent de ce projet & de ce deſſein dans un diſcours de deux ou trois heures fait ainſy ſur le champ & ſans avoir eſté prémedité ny travaillé, leur fit juger ce que ce pourroit eſtre un jour, s’il eſtoit jamais executé & conduit à ſa perfection par une perſonne dont elles connoiſſoie