L'Arlésienne — Alphonse Daudet
L'Arlésienne | Project Gutenberg You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : L'Arlésienne Pièce en trois actes et cinq tableaux Author : Alphonse Daudet Release date : December 19, 2025 [eBook #77503] Language : French Original publication : Paris: Alphonse Lemerre, éditeur, 1872 Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/77503 Credits : Ramón Pajares Box. (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive / European Libraries.) *** START OF L'Arlésienne Note de transcription Les erreurs introduites par le typographe ont été corrigées. L’orthographe originale a été conservée. Les numéros des pages blanches n’ont pas été repris. L’ARLÉSIENNE PIÈCE EN TROIS ACTES ET CINQ TABLEAUX Représentée pour la première fois, sur le théâtre du Vaudeville, le 1 er Octobre 1872. ALPHONSE DAUDET L’ARLÉSIENNE PIÈCE EN TROIS ACTES PARIS ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR 27-29, PASSAGE CHOISEUL, 27-29 — 1872 PERSONNAGES. Balthazar MM. Parade. Fréderi Abel. Patron Marc Colson. Francet Mamaï Cornaglia. Mitifio Régnier. L’équipage Lacroix. Un Valet Moisson. Rose Mamaï M mes Fargueil. Renaude Alexis. L’Innocent Morand. Vivette J. Bartet. Une Servante Leroy. Pour la mise en scène, s’adresser à M. Léon Ricquier , régisseur général du théâtre du Vaudeville. — Pour la musique et les chœurs, s’adresser à M. Choudens , éditeur de musique, à Paris. L’ARLÉSIENNE ACTE PREMIER. PREMIER TABLEAU. LA FERME DE CASTELET. Une cour ouvrant dans le fond par une grande porte charretière sur une route bordée de gros arbres poussiéreux, derrière lesquels on voit le Rhône. — A gauche, la ferme, avec un corps de logis faisant retour dans le fond. — C’est une belle ferme très-ancienne, d’aspect seigneurial desservie extérieurement par un escalier de pierre à rampe de vieux fer forgé. — Le corps de logis du fond est surmonté d’une tourelle, servant de grenier et s’ouvrant tout en haut dans les frises par une porte-fenêtre, avec une poulie et des bottes de foin qui dépassent. — Au bas de ce corps de logis, le cellier; porte ogivale et basse. — A droite de la cour, les communs, hangars, remises. — Un peu avant, le puits; un puits à margelle basse, surmonté d’une maçonnerie blanche, enguirlandée de vignes sauvages. — Çà et là, dans la cour, une herse, un soc de charrue, une grande roue de charrette. SCÈNE PREMIÈRE. FRANCET MAMAÏ, BALTHAZAR, L’INNOCENT, puis ROSE MAMAÏ. Le berger Balthazar est assis, un brûle-gueule aux dents, sur le bord du puits. — L’Innocent, par terre, la tête appuyée sur les genoux du berger. — Francet Mamaï devant eux, un trousseau de clefs dans une main; dans l’autre, un grand panier à bouteilles. FRANCET MAMAÏ. Hé bé! mon vieux Balthazar, qu’est-ce que tu en dis?... En voilà du nouveau à Castelet? BALTHAZAR, dans sa pipe. M’est avis... FRANCET MAMAÏ, baissant la voix et jetant un coup d’œil sur la ferme. Ma foi! écoute. Rose ne voulait pas que je t’en parle avant que tout fût terminé, mais tant pis... entre nous deux, il ne peut pas y avoir de mystère... L’INNOCENT, d’une voix dolente, un peu égarée. Dis, berger... FRANCET MAMAÏ. Puis, tu comprends, dans une grosse affaire comme celle-là, je n’étais pas fâché de prendre un peu l’avis de mon ancien. L’INNOCENT. Dis, berger, qu’est-ce qu’il lui a fait le loup à la chèvre de M. Seguin? FRANCET MAMAÏ. Laisse, mon Innocent, laisse. Balthazar va te finir ton histoire tout à l’heure... Tiens! joue avec les clefs. ( L’Innocent prend le trousseau de clefs et le fait danser avec un petit rire. Francet se rapprochant de Balthazar. ) Positivement, vieux, qu’est-ce que tu penses de ce mariage? BALTHAZAR. Qu’est-ce que tu veux que j’en pense, mon pauvre Francet? D’abord, que c’est ton idée et celle de ta bru; c’est aussi la mienne... par force... FRANCET MAMAÏ. Pourquoi, par force? BALTHAZAR, sentencieusement. Quand les maîtres jouent du violon, les serviteurs dansent. FRANCET MAMAÏ, souriant. Et tu ne me parais pas bien en train de danser... ( S’asseyant sur son panier. ) Voyons, voyons, qu’est-ce qu’il y a? L’affaire ne te convient pas, donc?... BALTHAZAR. Eh bien!... non! là... FRANCET MAMAÏ. Et la raison? BALTHAZAR. J’en ai plusieurs raisons. D’abord, je trouve que votre Fréderi est bien jeune, et que vous êtes trop pressés de l’établir... FRANCET MAMAÏ. Mais saint homme! c’est lui qui est pressé, ce n’est pas nous. Puisque je te dis qu’il en est fou de son Arlésienne; depuis trois mois qu’ils vont ensemble, il ne dort plus, il ne mange plus. C’est comme une fièvre d’amour que lui a donnée cette petite... Puis enfin, quoi! l’enfant a ses beaux vingt ans et il languit de s’en servir. BALTHAZAR, secouant sa pipe. Alors, tant qu’à le marier, vous auriez dû lui trouver par là, aux environs, une brave ménagère bien fournie de fil et d’aiguille, quelque chose de fin et de capable, qui s’entende à faire une lessive, à conduire une olivade, une vraie paysanne enfin!... FRANCET MAMAÏ. Ah! sûrement qu’une fille du pays aurait bien mieux été l’affaire... BALTHAZAR. Dieu merci! Ce n’est pas le gibier qui manque en terre de Camargue... Tiens!... sans aller bien loin, la filleule de Rose, cette Vivette Renaud que je vois trotter par ici dans le temps de la moisson... Voilà une femme comme il lui en aurait fallu... FRANCET MAMAÏ. Bé! oui... bé! oui... mais comment faire?... Puisqu’il a voulu en avoir une de la ville. BALTHAZAR. Voilà le malheur... De notre temps, c’était le père qui disait : « Je veux. » Aujourd’hui, ce sont les enfants; tu as dressé le tien à la nouvelle mode; nous verrons si ça te réussira. FRANCET MAMAÏ. C’est vrai qu’on a toujours fait ses volontés à ce petit-là, et peut-être un peu plus que de raison. Mais à qui la faute?... Voilà quinze ans que le père manque d’ici, pécaïre! et