若きパルク — ポール・ヴァレリー
Page de couverture La jeune parque (1920) À propos La jeune parque (1920) À propos La jeune parque (1920) Paul Valéry Éditions de la N.R.F., Paris, 1933 Exporté de Wikisource le 9 mai 2026 LA JEUNE PARQUE À ANDRÉ GIDE depuis bien des années j’avais laissé l’art des vers essayant de m’y astreindre encore j’ai fait cet exercice que je te dédie 1917 Le ciel a-t-il formé cet amas de merveilles Pour la demeure d’un serpent ? PIERRE CORNEILLE LA JEUNE PARQUE Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure Seule, avec diamants extrêmes ?.. Mais qui pleure, Si proche de moi-même au moment de pleurer ? Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer, Distraitement docile à quelque fin profonde, Attend de ma faiblesse une larme qui fonde, Et que de mes destins lentement divisé, Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé. La houle me murmure une ombre de reproche, Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche, Comme chose déçue et bue amèrement, Une rumeur de plainte et de resserrement… Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée, Et quel frémissement d’une feuille effacée Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?… Je scintille, liée à ce ciel inconnu… L’immense grappe brille à ma soif de désastres. Tout-puissants étrangers, inévitables astres Qui daignez faire luire au lointain temporel Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ; Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes Ces souverains éclats, ces invincibles armes, Et les élancements de votre éternité, Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille, J’interroge mon cœur quelle douleur l’éveille, Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?… … Ou si le mal me suit d’un songe refermé, Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes) J’ai de mes bras épais environné mes tempes, Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ? Toute ? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs, Durcissant d’un frisson leur étrange étendue, Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue, Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais De regards en regards, mes profondes forêts. J’y suivais un serpent qui venait de me mordre. Quel repli de désirs, sa traîne !… Quel désordre De trésors s’arrachant à mon avidité, Et quelle sombre soif de la limpidité ! Ô ruse !… À la lueur de la douleur laissé Je me sentis connue encor plus que blessée… Au plus traître de l’âme, une pointe me naît ; Le poison, mon poison, m’éclaire et se connaît : Il colore une vierge à soi-même enlacée, Jalouse… Mais de qui, jalouse et menacée ? Et quel silence parle à mon seul possesseur ? Dieux ! Dans ma lourde plaie une secrète sœur Brûle, qui se préfère à l’extrême attentive. Va ! je n’ai plus besoin de ta race naïve, Cher Serpent… Je m’enlace, être vertigineux ! Cesse de me prêter ce mélange de nœuds Ni ta fidélité qui me fuit et devine… Mon âme y peut suffire, ornement de ruine ! Elle sait, sur mon ombre égarant ses tourments, De mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants ; Elle y suce longtemps le lait des rêveries… Laisse donc défaillir ce bras de pierreries Qui menace d’amour mon sort spirituel… Tu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel, Moins désirable… Apaise alors, calme ces ondes, Rappelle ces remous, ces promesses immondes… Ma surprise s’abrège, et mes yeux sont ouverts. Je n’attendais pas moins de mes riches déserts Qu’un tel enfantement de fureur et de tresse : Leurs fonds passionnés brillent de sécheresse Si loin que je m’avance et m’altère pour voir De mes enfers pensifs les confins sans espoir… Je sais… Ma lassitude est parfois un théâtre. L’esprit n’est pas si pur que jamais idolâtre Sa fougue solitaire aux élans de flambeau Ne fasse fuir les murs de son morne tombeau. Tout peut naître ici-bas d’une attente infinie. L’ombre même le cède à certaine agonie, L’âme avare s’entr’ouvre, et du monstre s’émeut Qui se tord sur les pas d’une porte de feu… Mais, pour capricieux et prompt que tu paraisses, Reptile, ô vifs détours tout courus de caresses, Si proche impatience et si lourde langueur, Qu’es-tu, près de ma nuit d’éternelle longueur ? Tu regardais dormir ma belle négligence… Mais avec mes périls, je suis d’intelligence, Plus versatile, ô Thyrse, et plus perfide qu’eux. Fuis-moi ! du noir retour reprends le fil visqueux ! Va chercher des yeux clos pour tes danses massives. Coule vers d’autres lits tes robes successives, Couve sur d’autres cœurs les germes de leur mal, Et que dans les anneaux de ton rêve animal Halète jusqu’au jour l’innocence anxieuse !… Moi, je veille. Je sors, pâle et prodigieuse, Toute humide des pleurs que je n’ai point versés, D’une absence aux contours de mortelle bercés Par soi seule… Et brisant une tombe sereine, Je m’accoude inquiète et pourtant souveraine, Tant de mes visions parmi la nuit et l’œil, Les moindres mouvements consultent mon orgueil. » Mais je tremblais de perdre une douleur divine ! Je baisais sur ma main cette morsure fine, Et je ne savais plus de mon antique corps Insensible, qu’un feu qui brûlait sur mes bords : Adieu, pensai-je, MOI, mortelle sœur, mensonge… Harmonieuse MOI, différente d’un songe, Femme flexible et ferme aux silences suivis D’actes purs !… Front limpide, et par ondes ravis, Si loin que le vent vague et velu les achève Longs brins légers qu’au large un vol mêle et soulève, Dites !… J’étais l’égale et l’épouse du jour, Seul support souriant que je formais d’amour À la toute-puissante altitude adorée… Quel éclat sur mes cils aveuglément dorée, Ô paupières qu’opprime une nuit de trésor, Je priais à tâtons dans vos ténèbres d’or ! Poreuse à l’éternel qui me semblait m’enclore, Je m’offrais dans mon fruit de velours qu’il dévore ; Rien ne me murmurait qu’un désir de mourir Dans cette blonde pulpe au soleil pût mûrir : Mon amère saveur ne m’était point venue. Je ne sacrifiais que mon épaule nue À la lumière ; et sur cette gorge de miel, Dont la tendre naissance accomplissait le ciel, Se venait assoupir la figure du monde. Puis, dans le dieu brillant, capt