薔薇物語 — ギヨーム・ド・ロリス、ジャン・ド・マン
You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : Le roman de la rose - Tome I Author : de Lorris Guillaume de Meun Jean Release date : October 8, 2005 [eBook #16816] Most recently updated: January 27, 2023 Language : French Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/16816 Credits : Marc D’Hooghe *** START OF 319. LE ROMAN DE LA ROSE par GUILLAUME DE LORRIS et JEAN DE MEUNG Édition accompagnée d'une traduction en vers Précédée d'une Introduction, Notices historiques et critiques; Suivie de Notes et d'un Glossaire par PIERRE MARTEAU TOME I PARIS 1878 «Encore vaudroit-il mieux, comme un bon bourgeois ou citoyen, rechercher et faire un lexicon des vieils mots d'Artus, Lancelot et Gauvain, ou commenter le Romant de la Rose , que s'amuser à je ne sçay quelle grammaire latine qui a passé son temps.» (RONSARD.) [p. III] LE XIX e SIÈCLE ET L'AMOUR. LE XIX e SIÈCLE. Qui donc t'a donné, bel enfant, Cette fleur toute fraîche éclose? Je suis déjà vieux, et pourtant Jamais ne vis si belle Rose . Quel éclat, quelle douce odeur! De la Nuit, sur sa tige verte, Scintille encore un tendre pleur, Et là, sur sa lèvre entr'ouverte . Parmi ce jardin radieux Que chaque jour fleurit l'Aurore, Que n'ai-je l'arbre merveilleux Qui fit si belle fleur éclore! Dessus ses rameaux vigoureux Greffant mes délicates entes, Je verrais son suc généreux Régénérer mes frêles plantes . [p. IV] L'AMOUR. C'est que vous ne connaissez pas, O vieillard, toutes vos richesses. Aux jeunes plantes pourquoi, las! Prodiguer toutes vos caresses? Voyez là-bas ce vieux buisson, Mais toujours vert, toujours vivace; C'est là que j'ai le doux bouton Cueilli qui tous les autres passe . LE XIX e SIÈCLE. Quoi! dans ce vieux jardin françois Où je vois jeter tant de pierres, Où nul ne pénétra, je crois, Depuis la mort de mes grands-pères? L'AMOUR. Là dort, sous ces durs églantiers, Mainte fleur mille fois plus belle Que de tous vos jeunes rosiers La plus gente et la plus nouvelle . [p. V] HOMMAGE DU TRADUCTEUR A MONSIEUR COUGNY, Professeur de rhétorique au lycée Saint-Louis. Permettez-moi, cher maître, de vous dédier cette édition du Roman de la Rose , qui, sans vous, n'eût jamais vu le jour. Vous avez daigné jeter un regard favorable sur ce premier essai de ma muse, et c'est votre bonté toute paternelle qui a soutenu jusqu'au bout ses pas hésitants. Vous seul connaissez mes longs ennuis, mes labeurs et ma persévérance pour arriver au but tant désiré. Comme à l'Amant, le hideux Danger, la blême Peur et la rouge Honte m'ont barré bien souvent la voie. Mais Ami me réconfortait et m'engageait à poursuivre ma route, jusqu'à ce que je pusse enfin cueillir la Rose. Ami, c'était vous, et maintenant que j'ai cueilli le divin bouton, je vous en offre les prémices, mon cher maître; car, vous le savez, mon coeur est toujours resté vôtre, et Se ge pers vostre bien-voillance, A poi que ne m'en désespoir. Autant que moi, vous êtes le père de cette oeuvre, et je vous prie d'en accepter l'hommage du plus fidèle de vos disciples, du plus sincère de vos admirateurs, et du plus dévoué de vos amis. [p. VII] INTRODUCTION AU ROMAN DE LA ROSE. Tout le monde connaît, au moins par son titre, le Roman de la Rose . Il est resté populaire à travers tant de siècles disparus. Mais, sauf quelques rares érudits, personne ne le lit aujourd'hui. Car, nous le savons par expérience, il faut un certain courage pour oser entreprendre la lecture d'un aussi volumineux ouvrage, qui, somme toute, ne saurait avoir autant d'attraits pour nous que pour ses contemporains. Au surplus, même pour ceux à qui ce vieux langage est familier, la lecture n'en reste pas moins pénible et jusqu'à un certain point ennuyeuse. Aussi pouvons-nous affirmer que, même parmi ceux qui daignent y jeter les yeux, bien peu ont la constance de l'étudier. Quelle est donc la raison de cette popularité qui survit à l'oeuvre elle-même pour ainsi dire? C'est que le Roman de la Rose fit époque aussi bien pour la forme que pour le fond, car la hardiesse des idées y égale l'énergie du style; c'est que l'influence étonnante [p. VIII] que ce livre exerça sur son temps, la vogue incroyable dont il jouit pendant plusieurs siècles, en ont fait comme le point de départ de notre littérature nationale. En un mot, c'est une grande date dans l'histoire de notre langue, on pourrait presque dire une révolution. Quelques rares génies ont ainsi marqué leur siècle d'un sceau ineffaçable, et pardessus tous les autres leur nom restera populaire. Tels sont Jehan de Meung, Rabelais, Molière, Voltaire, et de nos jours Victor Hugo. Autour de ces astres rayonnants viennent graviter une foule de satellites, dont l'éclat quelquefois semble faire pâlir ces soleils et les éclipser. Mais, au moment où ils semblent près de s'éteindre, on les voit soudain, s'embraser de nouveau, concentrer sur eux-mêmes tous les feux dispersés des étoiles qui les entourent, et inonder de lumière leur siècle tout entier. Tel est Jehan de Meung et son Roman de la Rose . En 1816, M. Renouard écrivait dans le Journal des Savants: «Le Roman de la Rose est l'un des monuments les plus remarquables de notre ancienne poésie. Par son succès et sa célébrité, ayant jadis influé sur l'art d'écrire et sur les moeurs, il fut longtemps l'objet d'une admiration outrée et d'une critique sévère, et toutefois mérita une juste part des éloges et des reproches qui lui furent prodigués.» Ces quelques lignes sont le résumé le plus clair et le plus net qu'on puisse tirer de tout ce qui fut écrit depuis deux cents ans sur ce fameux livre. Bref, ce jugement, qui n'en est pas un, est accepté sans appel aujourd'hui; cette sentence a fait loi. [p. IX] Or, nous nous sommes toujours méfié de ces jugements à la Salomon, qui n'ont d'autre but que d