The Wild Man and Julius Penguin — Frédéric Boutet
L’Homme sauvage et Julius Pingouin | Project Gutenberg You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : L'homme sauvage et Julius Pingouin Author : Frédéric Boutet Release date : June 18, 2024 [eBook #73865] Language : French Original publication : Paris: Félix Juven, 1902 Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/73865 Credits : Laurent Vogel and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)) *** START OF Drames baroques et mélancoliques. Les Victimes grimacent. Pour paraître : Le Fardeau , drame en trois actes, en prose. Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays, y compris la Suède, la Norvège, le Danemark et la Hollande. L’Homme sauvage et Julius Pingouin | Project Gutenberg L’Homme Sauvage du quai Bois-l’Encre RÉSUMÉ HISTORIQUE AVEC REPRODUCTION DES DOCUMENTS ORIGINAUX Le dimanche de Quasimodo de l’an 19…, à huit heures dix minutes, M. Méandre, père de famille et chef de bureau, était en train, avec sa femme et ses quatre enfants, de prendre le repas du soir dans la confortable salle à manger de l’appartement par lui occupé au quatrième étage de la maison portant le numéro 3 du quai Bois-l’Encre, dans le quartier du Raisin-Sec. La servante Anna, jeune provinciale de dix-neuf ans, assurait le service et venait de poser au milieu de la table un plat fumant de perdrix aux choux. C’est alors que se produisit le phénomène premier et générateur de la plus extraordinaire suite d’événements qui se soit jamais déroulée au sein d’une nation civilisée et qui ait jamais passionné jusqu’au délire les esprits de tous les pays ; — enrayant la marche des affaires, engendrant les plus profondes perturbations religieuses, politiques et financières, faisant monter dans des proportions vertigineuses le tirage de tous les journaux — jusqu’au dénouement tant souhaité qui fut un soulagement pour toutes les nations. Le phénomène fut tel : Subitement, sans que le moindre signe préalable vînt annoncer la chose, le crochet peint en blanc qui soutenait la suspension éclairant la table, s’arracha de la situation qu’il occupait dans le plafond depuis toujours. La suspension, privée de support, tomba perpendiculairement. Son poids formidable, la brisant elle-même en mille morceaux, anéantit les perdrix aux choux, — émiettant le plat, rompant à demi la table, détruisant la verrerie et lançant dans les airs une nuée de débris solides ou liquides, enflammés ou graisseux, lesquels s’abattirent sur la famille Méandre tout entière. Un litre environ d’une substance verte et sirupeuse, pareille à une puante vase, s’écoula ensuite par le trou formé dans le plafond. Sur la table cependant, le pétrole enflammé propageait un incendie que M. Méandre réussit à étouffer sous les plis de sa redingote qu’il enleva pour l’employer à cet usage, non sans que le vêtement n’en souffrît un notable dommage. Il y avait naturellement, au sein de cette famille paisible, une scène de tumultueuse consternation. M me Méandre tomba dans une attaque de nerfs, et son plus jeune enfant la tête dans la cheminée, ce qui le rendit infirme pour toute sa vie. La servante Anna s’enfuit dans le but de chercher un gardien de la paix, et les demoiselles Méandre, sous la direction de leur sœur aînée, récemment sortie de pension, poussèrent une suite perçante de longs cris. Après l’extinction du feu, M. Méandre, en proie à une colère furieuse et explicable, s’écria : — C’est encore ce cochon d’en haut ! Ça devait finir comme ça ! Comment ose-t-il, avec un homme de mon caractère ? Ces paroles avaient trait à certains petits faits qui s’étaient déjà produits, et notamment à un avis insolite, émanant, selon toutes probabilités, du susdit « cochon d’en haut » (le locataire du dessus) et dont nous reparlerons en temps et lieu. M. Méandre, ensuite, se précipita en bras de chemise dans l’escalier et ramena de force la concierge Armandine Cane, afin qu’elle constatât le fait. Cette fonctionnaire ne se prêta à la chose que d’assez mauvaise grâce, et ne montra pas toute l’indignation que l’on était en droit d’attendre. (Il fut prouvé par la suite qu’elle était encline à de la partialité en faveur du locataire du cinquième étage qui constituait pour elle une source de revenus mensuels). Elle osa même avancer que ça pouvait bien être un accident comme on en voit, mais M. Méandre renversa cette théorie en signalant l’avis dont nous parlions plus haut et qui consistait en une planchette d’un bois dur où une pointe rougie au feu avait tracé : « Défense de jouer la Prière d’une Vierge au piano. Sans cela punition. » Cette planchette, sans que l’on sût par quel moyen elle s’était introduite, avait été trouvée l’avant-veille reposant sur le piano même de M lle Adélaïde Méandre, laquelle, sortie depuis peu de pension, ainsi que cela a déjà été dit, et soucieuse de perfectionner son éducation musicale, consacrait tous ses loisirs (une moyenne de onze heures par jour) à l’étude du célèbre morceau réprouvé par l’auteur de la planchette. Naturellement, on n’avait pas tenu compte de cette insolente injonction et M lle Adélaïde Méandre avait persisté à pratiquer son art, tandis que son père vouait une forte rancune, selon son caractère, au voisin d’en haut à qui il imputait (vu certaines particularités que l’on connaîtra plus tard), l’outrageante communication. La chute de la suspension, que la famille se plut à envisager comme la punition annoncée, corrobora pleinement cette opinion. « Et ainsi les deux événements, agissant l’un sur l’autre, prouvaient leur source commune. » C’est dans ces termes que M. Méandre parla à sa concierge Armandine Cane. Cette personne se