モル・フランダーズ — Daniel Defoe
You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org . If you are not located in the United States, you will have to check the laws of the country where you are located before using this eBook. Title : Moll Flanders Author : Daniel Defoe Translator : Marcel Schwob Release date : April 3, 2006 [eBook #18112] Language : French Other information and formats : www.gutenberg.org/ebooks/18112 Credits : Produced by www.ebooksgratuits.com and Chuck Greif *** START OF Si Daniel de Foë avait eu la précaution de faire suivre sa signature du titre qu'il avait à la célébrité , la Peste de Londres, Roxana, le Colonel Jacques, le Capitaine Singleton et Moll Flanders auraient fait leur chemin dans le monde. Mais il n'en a pas été ainsi. Pareille aventure était arrivée à Cervantes, après avoir écrit Don Quichotte. Car on ne lut guère ses admirables nouvelles, son théâtre, sans compter Galathée et Persiles y Sigismunde. Cervantes et Daniel de Foë ne composèrent leurs grandes œuvres qu'après avoir dépassé l'âge mûr. Tous deux avaient mené auparavant une vie très active: Cervantes, longtemps prisonnier, ayant vu les hommes et les choses, la guerre et la paix, mutilé d'une main. De Foë, prisonnier aussi à Newgate, exposé au pilori, mêlé au brassage des affaires politiques au milieu d'une révolution; l'un et l'autre harcelés par des ennuis d'argent, l'un par des dettes, l'autre par des faillites successives; l'un et l'autre énergiques, résistants, doués d'une extraordinaire force de travail. Et, ainsi que Don Quichotte contient l'histoire idéale de Cervantes transposée dans la fiction, Robinson Crusoé est l'histoire de Daniel de Foë au milieu des difficultés de la vie. C'est de Foë lui-même qui l'a déclaré dans la préface au troisième volume de Robinson: Sérieuses réflexions durant la vie et les surprenantes aventures de Robinson Crusoé. «Ce roman, écrit de Foë, bien qu'allégorique est aussi historique. De plus, il existe un homme bien connu dont la vie et les actions forment le sujet de ce volume, et auquel presque toutes les parties de l'histoire font directement allusion. Ceci est la pure vérité.... Il n'y a pas une circonstance de l'histoire imaginaire qui ne soit calquée sur l'histoire réelle.... C'est l'exposition d'une scène entière de vie réelle durant vingt-huit années passées dans les circonstances les plus errantes, affligeantes et désolées que jamais homme ait traversées; et où j'ai vécu si longtemps d'une vie d'étranges merveilles, parmi de continuelles tempêtes; où je me suis battu avec la pire espèce de sauvages et de cannibales, en d'innombrables et surprenants incidents; où j'ai été nourri par des miracles plus grands que celui des corbeaux; où j'ai souffert toute manière de violences et d'oppressions, d'injures, de reproches, de mépris des humains, d'attaques de démons, de corrections du ciel et d'oppositions sur terre....» Puis, traitant de la représentation fictive de l'emprisonnement forcé de Robinson dans son île, de Foë ajoute: «Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d'emprisonnement par une autre, que de représenter n'importe quelle chose qui existe réellement par une autre qui n'existe pas. Si j'avais adopté la façon ordinaire d'écrire l'histoire privée d'un homme, en vous exposant la conduite ou la vie que vous connaissiez, et sur les malheurs ou défaillances de laquelle vous aviez parfois injustement triomphé, tout ce que j'aurais dit ne vous aurait donné aucune diversion, aurait obtenu à peine l'honneur d'une lecture, ou mieux point d'attention.» Nous devons donc considérer Robinson Crusoé comme une allégorie, un symbole (emblem) qui enveloppe un livre dont le fond eût été peut-être assez analogue aux Mémoires de Beaumarchais, mais que de Foë ne voulut pas écrire directement. Tous les autres romans de de Foë doivent être semblablement interprétés. Ayant réduit sa propre vie par la pensée à la simplicité absolue afin de la représenter en art, il transforma plusieurs fois les symboles et les appliqua à diverses sortes d'êtres humains. C'est l'existence matérielle de l'homme, et sa difficulté, qui a le plus puissamment frappé l'esprit de de Foë. Il y avait de bonnes raisons pour cela. Et ainsi que lui-même a lutté, solitaire, pour obtenir une petite aisance et une protection contre les intempéries du monde, ses héros et héroïnes sont des solitaires qui essayent de vivre en dépit de la nature et des hommes. Robinson, jeté sur une île déserte, arrache à la terre ce qu'il lui faut pour manger son pain quotidien; le pauvre Jacques, né parmi des voleurs, vit à sa manière pour l'amour seul de l'existence, et sans rien posséder, tremblant seulement le jour où il a trouvé une bourse pleine d'or; Bob Singleton, le petit pirate, abandonné sur mer, conquiert de ses seules mains son droit à vivre avec des moyens criminels; la courtisane Roxana parvient péniblement, après une vie honteuse, à obtenir le respect de gens qui ignorent son passé; le malheureux sellier, resté à Londres au milieu de la peste, arrange sa vie et se protège du mieux qu'il peut en dépit de l'affreuse épidémie; enfin Moll Flanders, après une vie de prostitution de calcul, ruinée, ayant quarante-huit ans déjà, et ne pouvant plus trafiquer de rien, aussi solitaire au milieu de la populeuse cité de Londres qu'Alexandre Selkirk dans l'île de Juan-Hernandez, se fait voleuse isolée pour manger à sa faim, et chaque vol successif semblant l'accroissement de bien-être que Robinson découvre dans ses travaux, parvient dans un âge reculé, malgré l'emprisonnement et la déportation, à une sorte de sécurité. Les «Heurs et Malheurs de la Fameuse Moll Flanders, etc., qui naquit à Newgate, et, durant une vie continuellement variée de trois fois vingt ans, outre son enfance, fut douze ans prostituée, cinq fois mariée (dont l'une à son propre frère), douze ans voleuse, huit ans félonne déportée en Virginie, finalement devint riche, vécut ho